JEan Jansem
Jean Jansem (1920-2013), La lagune à Venise, 1968-1969 Huile sur papier marouflée sur toile Signée en bas à droite 50 x 65 cm
JEAN JANSEM
L’indigence d’après-guerre et la difficulté inhérente de trouver les matériaux adéquats et/ou habituels, telles les couleurs, très onéreuses alors, ont poussé les artistes figuratifs de l’après-guerre, en corrélation avec les préoccupations de l’époque, à redéfinir les paradigmes de la représentation.
Il n’est plus question de chercher un sens mais bien pour les artistes d'étudier l’objet pour son intérêt formel, sa qualité intrinsèque. Le regard de l’artiste devient analytique et dépeint alors l’objet pour ce qu’il est et non plus pour son pouvoir évocateur ou symbolique.
La nature morte n’est plus une invitation sensuelle à la ripaille, la pomme ou la pêche n’évoque aucune envie de croquer, la cruche aucune ivresse, la volaille aucune agape. L’artifice laisse désormais la place à la forme. Les objets sont posés les uns à côté des autres sans recherche de contexte.
Le trait, bras armé de cette nouvelle figuration, devient alors plus fulgurant, acéré, présent.
Cette génération d’artiste gardera cette analyse formelle, mais la réalité, bien que froidement analysée, sera toujours empreinte d’émerveillement et de fascination. Dès les années 60, avec le retour de la croissance, si les sujets seront toujours traités pour leur valeur primaire, la couleur et la lumière, traitées en plages, en à-plats ou en touches, viennent enrichir le vocabulaire chromatique et sublimer cette apparente âpreté.
Jean Jansem qui illustre parfaitement cette génération nous invite en outre à un voyage unique traversant des univers intemporels, burlesques, mythologiques ou bibliques…. où la comédie humaine côtoie l’Histoire.
"Dans l’atelier d’Issy-les-Moulineaux se construit une œuvre puissante et âpre. S’y succèdent modèles, danseuses et nus, pour une émergence simultanée du monde et de la peinture. Enfants intrépides et vieilles gens, mendiants, bouffons, paysans et rois de carnaval écrivent des récits humains et incantatoires. Ces acteurs issus du fond des âges, mélancoliques ou violents, au regard fixe ou perdu, dans leur simplicité famélique ou leur exubérance, éclatante d’espoir, se confondent dans une vérité ouverte sur une dérive apportée par les jeux de l’invention. Surgis de la Bible, de la mythologie, ses personnages ont été collectés lors de ses séjours répétés en Grèce, dans les Abruzzes (les Processions), en Andalousie (la Tauromachie), à Bâle (Carnaval) dans la rue, les ports et les marchés, les églises, les jours de fête ».
Lydia Harambourg
Photographies: © Aubert Jansem Galerie