Le labyrinthe de Pan et Goya

"Le sommeil de la raison produit des monstres…" Citation tirée d’une Eau forte de 1799 de Francisco de Goya.

Le labyrinthe de Pan: le Faune et Ofélia

Le film «  le labyrinthe de pan » de Guillermo del Toro, est un exemple remarquable de l’utilisation de l’oeuvre d’un maître de la peinture par un metteur en scène pour servir ses propos de réalisateur.

Ainsi « le Labyrinthe de Pan », est une oeuvre complexe qui dépasse de très loin les stéréotypes classiques du film fantastique: il est à la fois un film sur le régime franquiste de la fin de la guerre civile espagnole, un conte de fée imaginant la chute d’Alice non pas aux pays des merveilles mais dans un puit noir et sinistre et surtout un film d’horreur. Fusionnant le fantastique et le réel et baignant son oeuvre dans une atmosphère lugubre et irréelle, Guillermo del Toro puisera son inspiration dans les peintures noires de Francisco de Goya.

Vraisemblablement exécutées à partir de 1820, les peintures noires reflètent les expériences traumatisantes de l’artiste durant les guerres napoléoniennes.

Francisco de Goya: Saturn dévorant ses enfants, 1819-1823

Elles sont une satire de la religion (inquisition, pèlerinages, processions), un témoignage des affrontements civils (Deux hommes qui luttent) et également une critique politique horrifique: Saturne dévorant ses enfants peut être interprété comme L’Etat dévorant ses citoyens par peur de leur émancipation (coïncidant avec le soulèvement historique de Fernando Reigo)

L’oeuvre représente le mythe gréco-romain de Saturne (le Titan Cronos en grec ancien) qui, par peur d'être renversé par sa progéniture mange chacun de ses enfants à sa naissance.

L’homme pale dévorant une fée

Ce tableau inspirera particulièrement la scène de l’homme pâle dévorant les fées:

"Goya était une référence évidente, notamment en ce qui concerne le personnage de l'homme pâle. Il y a une scène dans laquelle l'homme pâle arrache la tête des fées. Cela vient directement du tableau de Goya représentant Saturne dévorant son fils". (Del Toro 2006)

Francisco de Goya, deux hommes mangeant de la soupe, 1819-1823

L’ensemble de la scène souterraine, du festin et de la fuite est également inspirée d’une autre oeuvre de Goya: Deux vieillards mangeant de la soupe. Del Toro reprend les teintes, les contrastes et l’éclairage de la composition.

Le festin de l’homme pale

La particularité du film de del Toro n’est pas simplement de s’inspirer graphiquement de l’oeuvre de Goya: au delà de son esthétique, Del Toro fait preuve de la même démarche que Goya: utiliser le fantastique pour décrire et dénoncer une réalité historique:

L'attitude critique de Goya envers les atrocités du monde trouve un écho dans le film de del Toro, qui, bien que fantastique en apparence, dépeint la terreur de l’ère de Franco et l’horreur de la guerre civile.

Les horreurs du film de del Toro sont celles causées par les humains qui sont des monstres de part leurs actions dans le monde réel. Ces horreurs réelles répondent à celles du monde fantastique, où les monstres ne le sont que par leur nature et non par leurs actions.

Le fantastique et le rêve ne sont pas ici un échappatoire à une terrible réalité. Les deux mondes coexistent et del Toro brouille volontairement leurs frontières.

Les monstres du monde parallèle, bien qu’imaginaires, ont des répercussions concrètes sur le monde réel.

Guillermo del Toro rend ces deux mondes perméables et interdépendant, rendant le périple de l’héroïne vertigineux.

Ofélia face à sa destinée.

Cette fusion des genres permet une réflexion sur le contexte historique et le merveilleux, enrichie par l’inspiration picturale de Goya.

Le Labyrinthe de Pan utilise le fantastique pour souligner les horreurs réelles, tout en s’inspirant fortement des œuvres de Goya, créant une œuvre cinématographique où le conte et la réalité se rejoignent pour offrir une critique historique poignante et visuellement saisissante.

Bruno Jansem

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