Chicago 1933
Si 1933 demeure vivace dans nos esprits avec la mise en place de la dictature nazie et ses terribles corollaires, que ne demeurent pas occultés la création de la dernière ligne aéropostale en Afrique par Jean Mermoz, l’élection de Roosevelt, le record du monde de vitesse automobile à 438 km/h à Daytona, la première loterie nationale en France, la création de la société Française des Animaliers par Edouard-Marcel Sandoz ou la sortie de films iconiques tels que le testament du Dr Mabuse de Fritz Lang, King Kong ou l’Homme invisible dont le titre sera également celui d’une peinture emblématique de Dali de cette période.
Mais aussi outre-atlantique l’exposition universelle de Chicago de 1933 dont le thème: l’indépendance entre l’industrie et la recherche scientifique pose les jalons du progrès et d’une équation toujours d’actualité.
Créée par A century of progress, une association à but non lucratif, l’exposition universelle de 1933 dont la genèse date de 1928, avait pour but la célébration du premier centenaire de la ville de Chicago. Mais pas seulement. La ville, théâtre des méfaits d’Al Capone et consorts, souhaitait également redorer son blason fortement impacté par l’essor de la mafia et du crime organisé dans les années 20.
Rappelons-le, les expositions internationales, depuis 1855 date de la première d’entre elles à Londres, étaient de formidables opportunités pour les états de présenter au monde leurs innovations technologiques, leur progrès techniques et scientifiques ainsi que leur puissance.
Installée sur une péninsule au nord de Chicago, l’exposition, avec 38 millions de visiteurs pour seulement 21 pays participants, fut un immense succès, ce que n’augurait pas un contexte particulièrement difficile aux prises avec la Grande Dépression. Fait exceptionnel, l’exposition rouvrit même ses portes en 1934 pour une seconde session.
Sous les yeux ébahis du public, l’exposition se transformera en une formidable aventure qui dévoilera entre autre le Skyride; des pavillons audacieux, temples de la modernité; les streets of Paris, reconstitution de Montmartre; le village belge, présentant un des premiers parcs d’attraction du monde dont Walt Disney s’inspirera directement; l’exposition de « voitures de rêve » comme on les nommera plus tard telles que la limousine V-16 de Cadillac, la voiture-concept à propulsion Lincoln (prototype de la Lincoln-Zéphyr), la Silver Arrow de la Pierce-Arrow motor car Company, fièrement présentée au public sous le slogan « Suddenly it’s 1940 »; le salon Homes of tomorrow ou encore l’atterrissage d’un Zeppelin qui tous contribueront à la double attraction du public.
Sans compter les performances de Sally Rand, actrice du cinéma muet que le parlant aura mise au ban de cette industrie et qui, nue, armée de grands éventails à la plume d’autruches devenu sa marque de fabrique, offrira aux spectateurs les prémices de la danse burlesque érotique.
Voila de quoi frapper les esprits!.
L’importance sans précédent donnée à l’aérospatial ainsi que la démonstration de l’avancement des sciences et des industries de pointe participeront à éloigner des esprits les répercussions encore vives de la crise de 1929.
Mais, en dehors des attractions, un aspect fondamental de cette exposition demeurera l’impulsion résolument moderniste voire futuriste donnée à l’architecture qui achèvera de poser les caractéristiques d’un Streamline moderne.
Les architectes, réunis au sein d’un comité qui décidera du cahier des charges notamment stylistique, et fortement coloré, de la construction des bâtiments, concevront la plupart des grands pavillons. Il est amusant de penser que Frank Lloyd Wright, qui devait faire partie du comité, en sera remercié faute de pouvoir s’entendre avec les autres membres.
Parmi les constructions, citons Le skyride: deux pylônes de 191 mètres de haut, installés de part et d’autre de la péninsule, agissaient comme un pont transbordeur: entre les pylônes circulaient des nacelles à hauteur de 66 mètres permettant aux visiteurs d’avoir une vue panoramique sur tout le site. La traversée durait à peu près 3 minutes. La nuit, un spectacle de lumières illuminait l’installation faisant apparaître les rocket cars, comme on les nommait alors, telles des fusées.
Le Chrysler building motors, le Firestone building, le electrical building, le Giant Havoline Thermoneter, le bâtiment fédéral des Etats-Unis, celui du voyage et des transports, le Hall of science, le pavillon italien pour n’en citer que quelques-uns, seront tout autant des témoins progressistes de la performance technologique qu’un tribut à la perfection architecturale.
Ils laisseront un héritage hors norme qui retrace avec force l’importance de l’innovation tant technologique que stylistique dans l’Architecture Art déco ou le streamline américain.
Lorraine Aubert